Quand je pense à toi parrain, la première image qui me revient, c’est celle de Noël.
Toi arrivant les bras chargés de cadeaux, littéralement chargés de cadeaux, avec ton grand sourire… et juste derrière toi, Romain et Guillaume.
C’étaient de véritables moments de joie et d’excitation. Des instants simples, mais inoubliables, où rien d’autre n’existait que la famille réunie et la certitude que ce jour-là serait beau, grâce à vous. Ces souvenirs là, ils ne partiront jamais.
Qu’est-ce qu’un parrain ?
Il y a quelques semaines, lors d’un baptême civil, je disais qu’être parrain, c’est s’engager à accompagner un enfant, à l’aider à explorer le monde, à l’encourager, à le soutenir, à lui transmettre le respect, la liberté de penser et l’esprit critique. Aujourd’hui, je reprends ces paroles pour toi, Parrain.
Parce qu’à mes yeux, tu as incarné tout cela avec une générosité simple, naturelle, presque instinctive.
Je repense à nos interminables débats — souvent politiques — qui ont sculpté ma manière de voir le monde. Souvent en désaccord mais toujours contents de débattre.
Ils ont forgé en moi l’idée qu’on peut tout discuter, tout questionner, tant que l’on se respecte.
Débats intenses et contradictoires — adolescence oblige — tu restais patient, curieux, ouvert.
Et, évidemment, tout se terminait autour d’un verre de Jura.
On savait bien que ça faisait râler Mamie… ce qui nous donnait encore plus envie de continuer. Un sourire complice, et nous repartions pour un tour.
Tu m’as transmis un autre trésor : celui de savourer les choses simples.
Le bonheur des repas de famille, sans artifices.
Le plaisir d’un savagnin, d’une noix, d’un morceau de comté.
La choucroute de la Toussaint chez Papy et Mamie — toujours la même, et c’est pour ça qu’elle est si bonne.
Ces moments-là étaient précieux, et tu en étais l’âme.
Tu vas terriblement nous manquer au bout de la table. Mais ce que tu nous as transmis — ce goût d’être ensemble — lui, restera.
Et puis, il y avait ton humour.
Ce fameux humour, souvent noir, caustique, parfois dérangeant, et emprunt d’autodérision… mais que tu maniait avec finesse. Avec toi, on pouvait rire de tout.
Encore il y a quinze jours, alors que tu n’étais pas en pleine forme, tu trouvais l’énergie de faire des blagues, de charrier l’infirmière, de nous faire sourire.
Tu visais souvent Maman — toujours avec amour — et avec la complicité évidente de Pierro.
Tu nous faisais rire, et ce rire-là, personne ne pourra nous l’enlever. A ce sujet sujet, nous trinquerons évidement au schwepps agrum tout à l’heure !
Et bien sûr, comment ne pas parler de musique ?
Impossible.
Nos discussions passionnées sur Kiss — glam rock, heavy, metal ? — sur Twisted Sister, Alice Cooper, Judas Priest, Iron Maiden… Aucune de ces conversations n’avait de fin, et c’était parfait ainsi.
Tu m’as fait redécouvrir AC/DC grâce à une phrase :
alors que je célébrais les solos d’Angus Young, tu m’as dit que la vraie beauté, pour toi, c’était la perfection de la rythmique, surtout en live.
J’ai tout réécouté… et je les ai encore plus aimés.
C’est un cadeau que tu m’as laissé, un cadeau qui ne s’épuisera jamais.
Tu m’as appris qu’une grande musique se reconnaît à la qualité de ses reprises.
Et tu avais raison : Diamonds and Rust est sans doute l’une des plus belles chansons — et surtout l’une des plus belles reprises par Judas Priest.
C’est un morceau qui continuera à me parler de toi.
La liberté de penser, l’humour, la famille, le respect, l’amour des symboles, les plaisirs simples, la musique, les bons repas et bon vins, l’entraide, la générosité…
Tout ça, tu me l’as transmis. Tu nous l’as transmis.
Ton rôle a été immense.
Ton empreinte est profonde.
Et ton absence l’est tout autant.
Merci, Parrain.
For those about to rock… we salute you.